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La carte est un objet d'emblée attractif : elle est un appel immédiat à l'exploration et la découverte. Elle présente des repères familiers qui engagent à la lecture et propose un espace sur lequel il est ludique de cliquer. Le tout est de ne pas se satisfaire de cette séduction rapidement opérée. La carte doit donner lieu à une exploration réelle et pertinente pour ne pas risquer un désintérêt aussi rapide que l'attrait a pu l'être.
Logiquement exploitée dans sa visée géographique avec la découverte d'un lieu, la carte peut aussi être l'acteur d'un récit autre que géographique.
La carte est ici l'occasion de la découverte d'un lieu – passé, présent, à venir. Cette découverte constitue le fil conducteur de la visite à travers un trajet organisé ou un vagabondage dans un lieu circonscrit. L'objectif est de convaincre le visiteur de l'intérêt du lieu. A des fins touristiques, en espérant voir la visite virtuelle se transformer en visite réelle, mais aussi à des fins plus pédagogiques, voire politiques.
Elle est le cur du récit et conditionne toutes les informations qui l'habillent. L'impact visuel en tant que preuve de la réalité est déterminant : carte topographique, modélisation 3D ou observation réelle via des photos ou de la vidéo pour une carte plus schématique ou faisant l'objet d'une création graphique plus esthétique que réaliste.
Une côte forestière détaillée avec l'éclairage de photos et de la vie de la flore et la faune environnantes.
L'objectif n'est pas ici d'accéder à une connaissance géographique en tant que telle, mais de s'appuyer sur la géolocalisation pour diffuser un autre savoir.
C'est la localisation et non l'aspect géographique qui est déterminant. La disparition des détails cartographiques permet une utilisation maximale de la surface pour l'affichage des données et l'assurance d'une meilleure lisibilité, dans la logique de l'infographie.
Classiquement, l'interface atlas organise la lecture de thématiques à travers un planisphère plus ou moins réduit permettant l'affichage de combinaisons de variables. Outre le tri à opérer, parmi les informations qui ne peuvent être trop nombreuses, et la lisibilité effective des superpositions, la thématique doit soulever un questionnement pour éviter un didactisme austère. Ce type d'exploitation est des plus répandues dans le cadre d'articles journalistiques – chômage, immigration, conflits, répartition de la population selon x critères, etc. Il ne doit pas être oublié pour des applications plus pratiques.
Mais puiser dans les atouts de la carte permet aussi un traitement éditorial novateur : se focaliser sur la localisation dynamise, sur la forme ou sur le fond, un sujet par trop classique ou initialement anodin.
La carte opère ici comme une entrée en matière, la localisation étant considérée comme un argument de poids pour convaincre. La conviction repose sur l'impact visuel d'un nombre élevé ou d'une étendue vaste qui affiche ainsi une renommée ou un savoir-faire dans sa dimension géographique. Dans ce cas, la carte n'est pas récit mais prétexte : elle finit par s'effacer pour dévoiler l'information essentielle reposant sur un support qui n'est pas cartographique.
Les localisations des réalisations d'un bureau d'architectes conduisent au descriptif des bâtiments.
Visualisation en temps réel des ventes de livres d'une chaine, menant vers la page d'achat des livres.
Le premier danger de la carte réside dans l'évacuation du récit. L'objet-choc à vision instantanée induit la passivité du spectateur. Si rien ne suit, il ne restera au mieux qu'une image.
Le deuxième réside dans la profusion d'une information illisible obligeant à la multiplication de zooms ou à la recherche du positionnement exact pour cliquer. Le maniement fastidieux qui en découle tue l'aspect ludique.
Le troisième repose sur un temps trop long de téléchargement d'images grossies qui doit conduire à une utilisation justifiée du zoom et la modération des déplacements obligés à ce niveau.